A Paris à Vélo, on dépasse les autos

Lorsque, il y a bien longtemps, je me suis convertie à la bicyclette à Paris, je savais que je pouvais potentiellement jouer ma vie. Ma famille et ma chef de l’époque (cycliste parisienne aussi) m’ont imposé de force le casque, peu seyant, il faut le reconnaître. Je suis toujours là, toujours pédalant dans les rues de ma ville. Mais quelle évolution ! A l’époque, ma technique était d’établir le contact visuel avec tout type de conducteur. Une fois le contact établi, un sourire échangé, tout roulait. L’esprit, je dirai, c’était « tu existes autant que j’existe, composons ».

Aujourd’hui, depuis que l’on nous a installé une circulation apaisée, je n’ai jamais vu autant d’excités dans les rues : le piéton est devenu énervé, le cycliste est combatif, le motorisé agressif et la voiture excédée. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a un contexte particulier. Il faut savoir que le piéton qui va prendre sa dose de particules fines dans les couloirs du métro est d’emblée catalogué comme un râleur avéré. La voiture est décrétée ennemie publique numéro 1 alors que le cycliste, lui, mérite tous les égards : vous comprenez : il SAUVE la planète lui ! Dans ce contexte : tout lui est permis.

Voici une petite description de mon trajet quotidien :

  • Une bonne partie de mon trajet est dans des rues à sens unique ouvertes dans les deux sens au vélo. Cela réduit sacrément le nombre de coups de pédale, mais pas vraiment le temps. En effet, j’ai bien compris que ce double sens n’est pas assimilé par les habitants et ils peuvent déboîter à tout moment, sans regarder du côté d’où j’arrive. J’évite maintenant les rues à angle droit car vu l’étroitesse de mon espace, je me suis régulièrement trouvée face à des voitures, qui même lorsque nous nous serrons, ont du mal à prendre leur virage. La rue de Montreuil, prise au retour est spectaculaire : une jolie voie bien séparée au début, puis réduite progressivement (voire inexistante au milieu) jusqu’au carrefour de la rue des Boulets me laissant parfois démunie face aux camionnettes arrivant en face, et en colère face à quelques deux roues (motorisées ou non) qui se mettent de mon côté pour éviter le ralentisseur (que l’on appelle coussin berlinois : il ne couvre pas toute la chaussée). Cette voie offre pourtant le seul carrefour où il est rationnel que le cycliste grille le feu pour tourner : pas de passage clouté à ce feu, donc pas de risque pour le piéton, et comme les voitures sur la droite ont un feu vert, les piétons sont censés ne pas traverser de ce côté. Mais surtout, ne pas prendre son élan avec trop d’enthousiasme : il y a aussi peu de piétons qui respectent les feux que de cyclistes et en plus très souvent, on se trouve face à face avec des deux roues (motorisés ou non) en pleine vitesse, car cela descend !WP_20181009_18_26_47_Rich
  • Parlons un peu des passages piétons, avec ou sans feux rouges. Personnellement, je suis extrêmement gênée. Je m’arrête aux passages piétons, souvent, c’est l’occasion d’un échange de sourire, voire même de merci de la part du piéton qui est tout de même dans son bon droit mais c’est tout aussi souvent une angoisse. Si je m’arrête et fais passer la personne face à moi, je prends le risque de la faire écrabouiller par le cycliste qui me double à toute berzingue en râlant parce que je me suis arrêtée ! je me sens potentiellement dangereuse alors que mon souci était d’être respectueuse. Quant aux feux, on nous dit qu’on autorise les vélos à les griller dans certaines conditions parce qu’ils ne les respectaient de toutes façons pas. Outre le fait que cette argumentation est l’aveu d’une incapacité à instruire autant qu’à punir, force est de constater que c’est une solution catastrophique : ce n’est plus certains feux qu ils s’autorisent à griller, mais tous ! Et plus personne n’est à l’abri : moi, quand je me lance au vert tout autant que les piétons où qu’eux-mêmes. J’aimerais bien avoir les derniers chiffres d’accidentologie sur Paris. Concrètement, aujourd’hui, le piéton n’est en sécurité nulle part. On nous parle de voies apaisées alors que le piéton ne peut plus flâner sur les trottoirs le nez en l’air, amoureux d’une ville aux mille merveilles. Le piéton doit être vigilant. La lutte dans la jungle urbaine est déclarée.
  • Une question me tarabuste : il n’est plus obligatoire, pour nous, cyclistes, de tendre la main du côté où l’on tourne ? Je me sens parfois ridicule à m’agiter ainsi, seule, à chaque carrefour…
  • Les zones devant les voitures, au feu : je trouve cela vraiment astucieux d’être devant et non derrière dans les pots d’échappement. Mais ces espaces ne sont jamais respectés. Bon évidemment, nous sommes peu nombreux à nous arrêter aux feux, donc il ne doit pas y avoir beaucoup de remontées sur ce problème…
  • Où ranger son vélo ? vrai sujet … Le piéton est excédé car il ne peut plus passer. Le cycliste n’a pas, il faut le reconnaître d’espace prévu à cet effet. Penser la ville de demain, c’est aussi prévoir ces espaces, tant pour les cyclistes que pour les deux roues motorisés.

A l’usage, pour une conduite vraiment apaisée pour tous, il faudrait que le code de la route reprenne ses droits : un feu est un feu. Il se respecte, quelque soit le mode de déplacement.  Cette mesure simple, de bon sens autant que de respect, supprimerait une bonne quantité de danger, donc d’angoisse et d’énervement. Quant aux voies à double sens pour les vélos, si elles n’ont pas la place d’être matérialisées, d’être délimitées par un rebord, elles ne doivent tout simplement ne pas exister. Bien peu populaires, ces préconisations dans une ville où le cycliste est roi, bien qu’irresponsable, contribueront enfin à apaiser les circulations, pour le bénéfice de tous.

 

Henriane Jego

2 réflexions sur “A Paris à Vélo, on dépasse les autos

  1. Une cycliste qui raconte son vécu journalier donc qui parle de ce qu’elle connaît!
    Rare et bienvenu!
    Enfin une position OBJECTIVE, dénuée d’arrières pensées idéologiques sur la « mobilité douce » devenue le crédo de la municipalité parisienne!
    Politique appliquée, imposée aux Parisiens AVANT d’avoir réfléchi aux infrastructures à mettre en place pour son fonctionnement.
    J’ai 72 ans, je fais partie des piétons…peu de chance que je refasse du vélo à mon âge vu ma santé!
    Eh bien, j’ai peur de me déplacer sur les trottoirs…
    Où je suis traquée par les vélos, les trottinettes, les skateboards, les gyropodes QUE JE N’ENTENDS MÊME PAS ARRIVER derrière moi.
    Les motos me roulent presque dessus pour se « garer » sur le trottoir ou ne s’arrêtent pas pour me laisser franchir la rue quand le signal est rouge pour eux donc vert pour moi…etc.
    Tous les piétons connaissent maintenant cette sensation d’insécurité dans Paris.
    Et comme j’ai vécu trente ans sur d’autres continents, j’observe que mes amis étrangers s’étonnent de ce chaos dans la ville Lumières!
    Tant qu’il N’Y AURA AUCUNE AUTORITÉ MUNICIPALE POUR FAIRE RESPECTER UN DES PRINCIPES FONDAMENTAUX : LA PRIORITÉ DU PIÉTON OÙ QU’IL SOIT DANS L’ESPACE PUBLIQUE, nous aurons des statistiques prouvant que l’accidentologie augmente dans nos rues et artères.
    Dernier exemple cette semaine : + 19% d’accidents enregistrés cette année dus aux trottinettes électriques!

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